La nullité des actes et délibérations des sociétés obéit à des dispositions
spéciales énoncées aux articles 1844-10 et suivants du Code civil ainsi qu’aux
articles L. 235-1 et suivants du Code de commerce.
Toutefois l’étude du domaine de ce droit spécial, comme l’analyse des causes de
nullité, mettent en exergue l’imperfection des règles régissant la nullité des
décisions d’une société.
D’abord, le domaine du droit spécial est faussement délimité par les notions
d’acte et de délibération car, à l’analyse, ni l’une ni l’autre ne s’avère
pleinement satisfaisante pour en tracer correctement les contours. Ensuite, les
causes de nullité des décisions sociales reposent sur une distinction infondée
et incohérente entre violation d’une disposition expresse et violation d’une
disposition impérative. Plus encore, pour provoquer la nullité d’une décision
sociale, il ne suffit pas que la norme violée soit expresse ou impérative,
encore faut-il qu’elle réponde à un critère de localisation. Il doit s’agir
d’une disposition du livre II du Code de commerce ou du titre IX du livre III du
Code civil.
Or ce critère soulève de nombreuses difficultés lorsque se pose la question de
la violation d’une norme extérieure au bloc de textes ainsi tracé (en
particulier, en cas de violation d’une disposition statutaire). L’étude des
règles processuelles, gouvernant l’action en nullité et le prononcé de la
sanction, ne fait que confirmer ce constat d’imperfection en mettant en évidence
la confusion entourant le régime de la nullité des décisions d’une société. Pour
ces raisons, la seconde partie de la thèse propose une réforme des règles
régissant la nullité des décisions sociales. Afin de rendre la matière plus
lisible et plus prévisible, il est proposé de redéfinir le domaine du droit
spécial mais aussi de simplifier et moderniser les causes de nullité des
décisions sociales au regard des mutations ayant marqué le droit des sociétés
ces dernières années (en particulier, au regard du phénomène de
contractualisation du droit des sociétés). Au demeurant, l’équilibre du système
suppose de repenser les règles processuelles dans l’optique de contenir le
risque de contentieux et d’inhiber les effets perturbateurs de la sanction sur
le fonctionnement de la société.
N° d'édition : 1
Collection : Hors collection Dalloz
Parution : Février 2020